19.11.2008
Les infirmières et les externes (2)
je vous avais promis, ô nobles lecteurs, de continuer cette analyse sociologique de première importance sur les relations qu'entretiennent les étudiants en médecine et les infirmières, relations purement professionelles, cela va sans dire ;)
Et comme promis, vous trouverez ici : l'infirmière surbookée, l'infirmier et pour finir en beauté : l'étudiante infirmière, ...
L'infirmière surbookée, je vous le dit franchement : c'est un monde à part.
A 8 h du matin, quand tout un chacun est encore préoccupé par le maintien de ses paupières en position ouverte, qu'une seule question obsède nos 2 neurones* est ce que j' ai encore les plis des draps incrustés sur ma joue ?
(* les 2 seuls qui ont accepté de prendre l'air éveillé )
Notre inf, elle est à 300 %, mais déjà submergée par le boulot, en retard sur ses soins, ses pansements et sa tournée de médicament...
en plus à 9 heure, c'est la visite du grand chef, il va falloir assurer la visite et les soins : bienvenu en enfer ...
L'infirmière surbookée, l'externe la plaint de tout son coeur, parce qu'il ne faut pas mentir, l'externe, malgré son efficacité légendaire ( on ferme les yeux et on y croit très fort ), il se pourrait que parfois, il se sente comme enseveli vivant sous le nombre de missions qu'il doit accomplir dans les 2 prochaines heures s'il veut avoir le temps de manger ... alors forcément il compatit...
Mais l'externe, n'est pas que bonté, sympathie et gentillesse, non l'externe a aussi son côté obscur.
Oui parce que parfois, il a des questions à lui poser, à notre infirmière, et rapidement (rapport aux 32 missions qui l'attendent narquoisement au tournant ;), sauf que, pour poser une question à une inf débordée, il faut user de patience ( l'externe, dans ses poches, il a de tout, un chocolat offert par un patient, un carnet à mission, des réglettes pour mesurer le poids d'un asthmatique si il a pris un antidiabétique oral auparavant (utile, n'est il pas ? ) des stylos, un stétho, une montre, une petite lampe, mais de la patience, ça : nada, niet, walou ...)
Il faut l'aborder au bon moment, ce qui signifie : ne JAMAIS la questionner quand elle est en pause, ne JAMAIS la questionner lorsqu'elle prépare une bonne grosse seringue de valium ( ça serait domage que l'injection pour un patient agité se retrouve ( malencontreusement ) dans votre bras ;)
Plus important encore : ne JAMAIS, JAMAIS, commencer par un " ça va ? " vous vous exposeriez à un déferlement de reproches plus ou moins compréhensibles, dont vous ne comprendriez pas le quart du début du commençement ...
Une fois le bon moment trouvé, et le " ça va " évité : ne pas se laisse doubler par un co-externe, ou pire un chef, qui eux aussi zieutent depuis le début de la matinée la demi-seconde parfaite ...
Il faut alors utiliser la technique bombe qui consiste à balancer la question, comme on enlèverait une bande de cire épilatoire : brutal et sans pitié ... puis s'enfuir tout aussi rapidement, pour éviter toute possibilité de déviation vers le sus-expliqué déferlement ( mais attention, hein, vous barrez pas avant d'avoir eu la réponse ... ça serait dommage ;)
Passons maintenant à l'infirmier :
l'infirmier, quelque part, je suis mal placée pour en parler, j'ai du en voir 1 et demi (le demi : c'était un étudiant infirmier ) c'est pour vous dire à quel point c'est une espèce en voie de disparition ;) ... mais les conséquences de cette rareté c'est qu'on les chouchoute à fond. heuuu, non sans avoir auparavant refiler toutes les missions un peu physiques du service : et une fenêtre qui coince, une ... ;).
On les dragouille gentillement : pas d'infirmier dans le service = pas de problème informatique, un infirmier dans le service = "et dis donc Mister Sexy tu peux pas m'aider sur l'ordinateur là ? "
d'ailleurs le seul infirmier que j'ai connu il vivait entouré d'un véritable harem, va savoir pourquoi il arborait en permanence un sourire béat.
Bref Avoir un infirmier c'est le rêve ...
Bon, le problème c'est qu'en général ( ce "en général" se base sur une étude multicentrique d'un seul et unique spécimen c'est dire sa fiabilité ;) nos amis infirmiers préfèrent bosser en chirurgie ou en réanimation, mais moins dans les services de médecine : dommage ...
Et, le moment est enfin venu de parler de l'étudiante infirmière ...
aaaah l'étudiante infirmière, qui avec l'externe, innocents ( bon ok : niais ... ), découvrent ensemble le doux monde de l'hôpital, se font ensemble des sessions imitations de leurs chefs respectifs, des concours pour savoir qui est le patient le plus sympa du service... et surtout partagent le même mode de vie : hosto, boulot, dodo ...
Mais le must, avec l'étudiante infirmière, c'est qu'elle vient poser des questions à l'externe ...
Je ne sais pas si vous saisissez tout l'insolite de cette phrase : "poser une question à l'externe" ...
Oui parce que l'externe il s'est tellement habitué à ce que ça soit lui qui pose les questions que quand on lui en pose une, il est tout comme foudroyé de bonheur, surtout quand il sait y répondre ...
"WAW WAW WOUPITI WALOULOU YEAAAAAAAFH !!! YIIIIIIIIHAAAAA !!!!" qu'il fait l'externe, mais intérieurement, hein ... (enfin parfois il se laisse un peu emporter, mais c'est une autre histoire ... )
Bon après, c'est un peu moins drôle parce qu'il s'oublie un tantinet ( comprendre : carrément ;) et se lance dans des explications physio-pathologique de ouf-malade, des schémas pseudo-explicatifs, qui mériterait amplement le nom de schémas cafouillo-emmerdants ...
Bref l'étudiante infirmière c'est le rayon de soleil dans un monde aseptisé ( amis des phrases chlichés : bienvenus ;)
Bref (noumber two ) l'étudiante infirmière c'est le prozac de l'externe ( fan de pharmacologie : bienvenus ;)
Bref ( numero tres ) l'étudiante infirmière c'est une star ( amis des conclusions multiples : bienvenu ;)
Voili, voilou
The end.
( ou pas ... y aura pt'être une troisième partie ... )
Vous voulez une Troisième partie ?
...
Vous voulez une troisièèèème paartiiiiie ??
...
J'ENTENDS RIEEEEEN !!!
...
VOUS VOULEZ UNE TROISIIEEEEEEEEEEEEMEE PARTIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIE ??? ( oui ce blog c'est un peu l'olympia ce soir ... ;)
17:49 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : infirmières, externes, hôpital
15.10.2008
La boîte de chocolat ...
Selon une suggestion dans les commentaires de ce blog qui nous vient de .... euh de moi même, en fait (d'ou l'intérêt de s'auto-commenter ;) : nous analyserons les raisons obscures au prime abord, qui font qu'un patient offre des chocolats à son médecin.
Ce même médecin qui a pourtant été la cause de bien des souffrances : foultitudes de prises de sang ( de préférence à 6 heures du matin, pour bien commencer la journée), foultitudes d'examens complémentaires sympathiques ( et hop : une coloscopie ;) et non moins foultitudes de paroles incompréhensibles ( oui, alors cette AC/FA n'a pas été réduite par la cordarone, monsieur, on va donc faire un Choc Electrique Externe (CEE) ...
(parce que CEE, ça ne veut absolument pas dire Communeauté économique européenne, ya que les profs de géo pour raconter des trucs pareils ;) )
Toujours est-il qu'il arrive que le patient soit pris d'un accès subit de démence et offre à son tortionnaire de quoi permettre une fort agréable prolifération adipeuse ( cellules adipeuses = la graisse tout simplement ;). mais pourquoi ???
Hein, pourquoi ???
Eh bien la première raison, qui relève plutôt de la stratégie, d'ailleurs, consiste à offrir les chocolats au tout premier jour d'hospitalisation ( voir même dans les premières minutes ... ). Parce que c'est bien connu :
- la boîte de 500 g de léonidas : assure une prise en charge optimale,
- 250 g permettent une prise en charge acceptable
- les ferrero rochers, ne donnent en échange que 2 visites par semaine, et un package de trois médicaments maximum par jour ...
- les nuts, mars et autres marques, sont quand à elle sans réelle bénéfice ...
avis aux amateurs ;)
Le second facteur, est plus ou moins lié à la sus-nommée foultitude de paroles incompréhensibles. Il ne s'agit plus ici de chocolats de qualité mais d'une véritable arme de dissuasion : le chocolat gluant.
Celui qui se cramponne avec détermination sur chacune de vos dents. Il est en général proposé ( gracieusement ) au moment même ou l'on répète, ( non moins gracieusement ) pour la troisième fois une question gênante à laquelle notre patient, n'est pas franchement pressé de répondre. Un exemple (totalement au hasard ...) : essayer de comprendre pourquoi ce patient nouvellement greffé à arrêter ses immunosuppresseurs ( ce qui le met à risque de faire un rejet).
Notre patient, à l'espoir ténu qu'un bon gros chocolat, bien visqueux, devrait empêcher toute communication verbale, pendant quelques minutes, minutes justement nécessaire pour entamer une diversion : à base de " quand je bois de l'eau froide, j'ai des palpitations ..." .
Ai-je besoin de vous dire que depuis, je réutilise à bon escient, ce stratagème, en gardant,avec précaution, le fameux chocolat pour un co-externe un peu trop bavard ...
3 ième raison : le patient pénible, et qui se sait pénible, est la plupart du temps atteint d'une maladie chronique, il revient donc plusieurs fois dans l'année, dans le même service ... autant vous dire que toute l'équipe médicale et paramédicale le connaît par coeur, et tente plus ou moins discrètement de se le refiler...
Ce patient, sachant qu'une fois de plus, il refusera les examens prévus, vadrouillera dans les couloirs quand il est censé être en repos au lit strict, esquivera les visites des médecins pour mieux se plaindre de ne pas être bien informé, débarque inévitablement dans le service avec un sac rempli de bonbons, et chocolat, qu'il jette négligement dans le poste de soin, s'esquivant aussitôt, à peu près comme le ferait un terroriste de sa bombe ...
Le bougre, booste son capital sympathie, avant de le détruire consciencieusement, jour après jour ...
Quatrième possibilité, l'entourage, ma foi fort sympathique du patient qui apporte ingénument une énoooorme boîte de chocolats somptueux, en guise de voeux de prompt rétablissements sans imaginer que le patient soit : à jeun pour un examen, une opération, ou tout bonnement incapable de les manger... auquel cas ceux-ci ne seront qu'une affreuse tentation dont il faudra se débarrasser au plus vite, en les refourguant au premier qui entrera dans la chambre ;)
La dernière, est la plus sympathique, puisqu'il s'agit du patient reconnaissant qui offre à son départ de quoi régaler le service pour quelques journées ( euuuh, la prochaine demi-heure ... ). C'est parfois mérité : un diagnostic rapide, un traitement efficace, mais il arrive, je vous l'avoue, que le mystère soit resté entier, ce qui, va savoir pourquoi, n'empêche pas le patient d'être réellement reconnaissant ...
And now, you know all about the gift of chocolates in ze hospital ... yeah ...
17:16 Publié dans Cuisine, Médecine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chocolat, médecins, patient, hôpital
03.10.2008
Les infirmières et les externes (1)
Les relations entre les infirmières et les étudiants en médecine (qui portent aussi le doux nom d'externe ) : c'est un joli sujet, suggéré par Mlle Claire, alias Chef de la pub ...
Vous allez découvrir dans cette première partie ( il devrait y en avoir d'autres ;) l'externe face à l'infirmière ultra-compétente, puis l'externe et la voix du fin fond du couloir ... ( wahou, cette annonce de plan, on dirait presque une introduction type, façon dissertation de philo, il ne manque plus qu'une problématique : ... euh ... l'analyse précise des rapports entre les membres de l'hôpital sont esssentiels pour la compréhension intrinsèque du système de soins actuels... si, si ... )
I. L'infirmière ultra-compétente.
Elle a minimum 15 ans d'ancienneté dans la même aile de ce service qu'elle connait parfaitement. Elle a tout vu, tout connu. elle a cette connaissance qui n'est pas seulement théorique : elle sait faire, certes, mais surtout être. C'est le repère absolu, la constante ultime, du service presque autant que le Chef de Service lui-même ...
Pour l'étudiant en médecine elle est revêtue d'une aura de sacré : d'une part, elle a vu l'incroyable, à savoir ses chefs à leurs tout début, dans ces moments même, où ils luttaient péniblement pour réaliser leurs prescriptions, ou la moindre posologie leurs était plus pénible que l'ascension du mont-blanc, pieds nus par moins 20 degrés... si, si je vous parle bien de ceux-la même qui semblent aujourd'hui incroyablement infaillible, faisant face aux plus excentriques urgences avec une sérénité tranquille dont ils ne se semble jamais se départir ...
Ceci dit,elle ne fait pas que voir l'incroyable, elle le fait aussi : elle jongle avec les perfusions et te branche 43 tubulures sur un robinet 3 voies sans jamais faire de noeuds, fais passer "la base" en distal et la calciparine sur ... vous comprenez rien ? ... bah moi non plus ...
elle te fait les soins les plus compliqué en 36 secondes tout en restant stérile, (petit rappel : toi, tu as même pas encore passée la bétadine (= antiseptique ) que t'as déjà réussi à contaminer tout tes champs stériles ... )
Mais l'infirmière ultra-compétente ce n'est pas que l'efficacité incarnée, c'est aussi la clé de l'intégration pour le petit étudiant dans l'équipe paramédicale : avec elle soit ça passe, auquel cas le service deviendra un véritable palace, soit ça casse, auquel cas il trépasse ;).
Prenons le second cas ( c'est bien plus marrant ;), notre cher étudiant n'ayant pas convainvu The Key (bah la clé, quoi) de son utilité va se transformer sur le champs en esclave corvéable à merci, elle, et toute l'équipe soignante ne lui parleront guère plus que pour l'envoyer dans des missions fâcheuses, auquel notre sus-cité esclave aura soin de se plier en espérant mériter une éventuelle rédemption ;)
[Transition de ouf-malade] Mais l'infirmière ultra-compétente, qui illumine le service de l'étendue de ses connaissances, n'est point la seule à sévir à agir dans ces lieux ...
II. La Voix du fin fond du couloir, qui n'est d'ailleurs peut être pas une infirmière, vu qu'elle se résume à une voix, parfois à une silhouette rapidement aperçue derrière un amoncellement de pansement, médicament, et de dossiers entreposée sur un chariot... Nous ferons donc ici pour la sauvergarde du sujet de ce texte, l'hypothèse qu'il s'agit d'une infirmière ;).
Son passe-temps préféré consiste à héler l'externe d'une voix de stentor : "Dis, l'externe, tu pourras me faire l'ECG ( electro cardiogramme, qui permet de voir l'activité électrique du coeur ) de M. Y ?" .. ça à l'air d'une question, mais ne vous y méprennez pas : c'est un ordre ...
la Voix s'élève souvent quand l'externe se croyant à l'abri des regards, désinfecte un peu trop rapidement le l'appareil à ECG.
La voix est aussi trés au courant des usages et superstitions de l'hôpital ...
Et c'est ainsi que l'externe qui a, une fois de plus, hérité d'une mission fâcheuse à savoir brancarder un patient (= l'emmèner dans lit à une consultation, ou un examen ), le brancarde les pieds en avant, (oui, mon ami, la tête est donc derrière, ce qui accessoirement permet au malade de voir où l'on va ... euuh ... en l'occurence le prochain chariot qu'on ne manquera pas de heurter, c'est drôlement pas maniable ces lits roulants :). Que n'avait-il fait ...
la Voix, derrière lui, s'élève aussitôt : " LA TETE EN PREMIER, LA TETE EN PREMIER ... " sur l'exacte même ton, que prendrait un marin à bord d'un paquebot, s'éventrant sur ... euh ... sur un iceberg par exemple ( quoi ? ... ça vous rapelle quelque chose ? ... le titanic ? ... ), pour déclamer, conscient de la noblesse de son sacrifice : " LES FEMMES ET LES ENFANTS D'ABORD ".
Peut-être vous demandez-vous pourquoi la Voix est si désireuse que la tête du patient soit en premier ? ... Tout simplement à cause de l'expression " sortir les pieds devant "...
[ Conclusion de ouf-malade ] : Les infirmières, qu'elles soient ultra-compétente, ou la Voix de la Sagesse, du Reproche et de la Demande, sont absolument nécessaire à la bonne marche des brancards du service ;)
[ ouverture de ouf-malade ] bientôt, découvrez l'éudiante infirmière, l'infirmière surbookée, l'infirmier et bien d'autres ...
13:31 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : infirmières, externes, hôpital, brancardage


